Comment Zaz ne sait plus quoi faire de ses valises
Où suis je?
Où vais je?
Me voilà enfin confrontée à ce choix que j’ai réussi à éviter toutes ces années. Quitter la France? Rentrer au bercail? Aller explorer de nouvelles contrées? S’offir un nouveau départ?
Un dilemne qui arrive avec son lot de doutes, de remises en causes, et parfois de regrets.
Je cherche à élire mon “chez moi”. Un endroit où poser mes valises, sentir que demain se construit activement, que demain a un sens.
D’aucuns me rétorqueront que “chez moi” je le porte en moi, c’est dans mon coeur où que j’aille.
Mais je n’ai pas cette largesse d’esprit, je ne sais pas m’accomoder de ce genre de répliques. chez moi doit contenir un code postal qui arrête de changer au gré de mes humeurs.
J’évalue, je compare, je mesure les impacts d’un choix, les incidences d’une décision, les conséquences d’une action non réfléchie. je resitue le débat, multiplie les prismes de réflexion, organise mon argumentation. je constate avec effroi que ma seule question se résume finalement à “qui suis-je?”
Je me répète cette question: qui suis-je?
Je pensais pourtant y avoir répondu avant de clore le chapitre haut en couleurs de mon adolescence turbulente.
Je suis surprise de constater que visiblement je me suis trompée.
Qui suis je?
Pourquoi ai-je si peur de retourner dans un pays qui est le mien, alors que rien d’autre ne compte depuis déjà quelques mois? Pourquoi ai-je autant de mal à franchir le cap?
pourquoi je me sens enserrée dans un étau dès que la perspective de retour prend forme, alors que je gaspille mes journées ici à trouver les rues trop larges, les gens trop distants, le temps et les humeurs trop froides?
Je me demande ce que m’offrira mon pays, et ce que je pourrai lui apporter, une fois mise de côté une jolie existence dorée.
Et ce que m’offre mon pays d’adoption, une fois écarté ce sentiment de non-appartenance que je m’amuse à entretenir. Et aussi tout ce dont il me prive.
Le bilan est mitigé des deux côtés, mais je ne peux pas me satisfaire de mes hésitations, puisque je dois trancher.
Et il y a toi. c’est beaucoup trop. C’est tellement peu.
Jusqu’où vais-je devoir ronger mes angles pour retrouver ma place dans ma bulle? Qui deviendrai-je si je dois renoncer à mon exhubérance, à ma petite folie chronique qui me fait m’aimer bien?
Et si en restant ici je ne faisais que reculer une échéance indélibile qui arrivera inexorablement à son terme? et qu’au passage j’en profite pour me perdre sans jamais plus me retrouver?
Et si je m’avouais qu’au fond, toutes ces complications m’évitent d’affronter l’essentiel? et qu’au fond, je trouve mon salut dans une fuite éternelle?